Michel de Kemmeter « Il faut arrêter avec ces micro-solutions subsidiées »

Publié dans l’Echo le 29 juin 2019
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9.000 milliards, c’est un chiffre énorme! Comment pouvons-nous faire face à ce défi?

On n’a plus le choix: on ne peut plus penser de cette manière linéaire qui consiste à trouver une solution pour chaque enjeu. Avec ce constat, on met échec et mat la pensée économique traditionnelle et nos dirigeants politiques qui proposent des micro-solutions subsidiées.

Quel nouveau paradigme devons-nous suivre?

Une seule science peut nous aider: la science « systémique ». Pour faire simple, chacun amène une ou plusieurs multi-solutions, c’est-à-dire des solutions qui répondent à plusieurs enjeux en même temps. Par exemple, il ne nous faut pas une agriculture écologique. Il nous faut une agriculture écologique qui développe la formation, inclut des jeunes en difficulté, crée du liant social, structure des circuits courts, régénérant les biotopes, etc.

Il faut passer par un changement de mentalité. Comment fait-on?

L’être humain ne réagit que face à un choc, face à une obligation de réagir. Aujourd’hui, en Belgique, on n’y est pas encore. On fait des choses sympathiques, mais très locales. On n’est pas du tout à la bonne échelle.

Y a-t-il une méthodologie à suivre?

Chacun doit devenir un nouvel entrepreneur: de sa vie, de son job, de son avenir. Alors qu’on vient d’un monde où l’État-providence s’occupe de tout le monde. Bientôt, on n’aura plus ce luxe. La clé, c’est la responsabilisation personnelle. Tout le monde devra être conscient des enjeux mais aussi de ses propres qualités dormantes. Notre territoire a un taux d’entrepreneuriat parmi les plus bas du monde. Alors qu’il nous faudra 100% d’entrepreneurs, et collectivement. Il faut arrêter de croire que la balle est dans le camp des politiques, il faudra jouer avec eux, ainsi qu’avec les entreprises.

Vous prônez la démocratie collaborative?

Notamment. Il faudra repenser la gouvernance territoriale, repenser l’implication des entreprises et des individus. Il y a des expériences très inspirantes et qu’il faut aller chercher. En France, à Saillans, les citoyens ont squatté la mairie, finalement le maire et son équipe exécutent la volonté des citoyens. À Bregenz, ils ont démarré l’Office of Future-related Issues citoyenne. Toutes les solutions sont là! Nous avons croisé et superposé une vingtaine d’exemples et avons développé une feuille de route efficace. Nous sommes en train de la tester sur une petite échelle, au niveau de la province du Brabant Wallon.

D’autres régions du monde sont-elles plus ouvertes?

J’ai arrêté de voyager il y a deux ans, pour me concentrer sur la Belgique. Mais maintenant, nous sommes courtisés par plusieurs autres territoires. L’Afrique du Nord a, dans sa culture, la collaboration avec les autres, entre les familles, etc. L’Amérique Latine et Centrale est attachée à la terre, au territoire et aux communautés, ils ont un ADN orienté vers l’économie collaborative et contributive. Certains pays d’Asie aussi, à Bali notamment. Au Rwanda, à l’époque, les citoyens devaient passer 10% à 15% de leur temps au service de la communauté, créant dès lors une richesse culturelle commune. Certains pays d’Amérique Latine, d’Asie, d’Afrique sont en très forte croissance. Ce qui est intéressant, c’est que ces pays ne veulent pas faire les mêmes erreurs que l’Occident, où on a détruit l’environnement et les êtres humains.

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